Intersection-Crash-Blast series, 2001.

IntersectionCrashBlast series, 2001.

6 photomontages Rag bright white inkjet pigment print on 310g mat paper, 20 x h28 cm.  Edition of 5 + 3 artist copies.

Two fictional experiments (in French).

“Crash”, 2005.

Etat de choc à La Petite Industrie de l’Image Sensorielle ! Une étrange explosion venait d’avoir lieu et les banques d’images avaient été gravement touchées. L’ampleur des dégâts était encore difficile à mesurer, mais la quantité et l’état des débris photographiques jaillissant au sol apparaissaient comme de bien mauvais signes. La particularité de cette explosion était que les images n’étaient pas brûlées ou broyées mais simplement fossilisées et brisées en mille morceaux, comme une roche dont la structure de base serait rectangulaire. C’était ainsi des milliers de tessons photographiques qui jonchaient le sol de la Cellule de Stockage de La Petite Industrie de l’Image Sensorielle. Qu’avait-il bien pu se passer ? L’enquête ne faisait que commencer…

La première étape, celle de l’archéologue, consistait à trier les dizaines de milliers de rebuts photographiques éparpillés. Quand bien même les banques étaient systématiquement classées et chaque image soigneusement numérotée dès l’origine, l’explosion avait déchiqueté bon nombre d’entre elles en petits rectangles muets de tout code. Ainsi, à défaut de pouvoir reprendre le classement par banque, il semblait beaucoup plus efficace de s’appuyer sur les sous-catégories que le laboratoire retenait habituellement : ciels, lignes d’horizons/haut d’immeuble, détails d’immeubles, vitrines de magasins, portes et fenêtres, panneaux d’affichages et signalétique, coins de rue, passants individualisés, foules, véhicules et bords de route/ligne d’horizon … telle était la taxonomie élémentaire du laboratoire !! Le reste des morceaux non-identifiés pouvait être trié par couleurs, motifs et textures en attendant de rejoindre leur famille. Les pièces étaient ainsi préparées pour recomposer le puzzle.

De cet immense panorama explosé, un premier indice se dégageait : la catégorie de véhicules aisément reconnaissable faisait preuve d’une fragmentation assez uniforme et surtout, bien supérieure aux autres catégories, comme si elles avaient toutes été à proximité de l’oeil du cyclone. Mais sachant que ces images de véhicules appartenaient à des banques distinctes parquées dans des lieux distincts, on pouvait émettre l’hypothèse d’une explosion multiple et non unique…

Autre constat, la particularité de ces fragments d’images était leurs couleurs chimiques et leurs textures très synthétiques, bien spécifiques des carrosseries de voiture. La palette des tessons brillait d’une lueur malicieuse. Petite catégorie d’images peu valorisée par le laboratoire, peut-être avaient-elles choisi de se servir de leur charge plastique pour provoquer la déflagration ? Cela paraissait d’autant plus plausible qu’aucun autre indice n’était détectable ailleurs dans les milliers de tessons… non absolument rien…

Mais dès lors que ces photos-kamikazes avaient choisi de s’éclater en un éclair de seconde, était-il vraiment nécessaire de recomposer leurs sujets à l’identique ?

Bien que la Cellule de Crise du laboratoire soit encore sous le choc de l’évènement et en quête de vérité, elle ne pouvait s’empêcher d’être tentée de retourner la situation.

Malgré l’avancée de l’enquête dont le jugement final était maintenant un peu trop prévisible, pourquoi pas s’éloigner, ouvrir la porte sur autre chose : respecter l’anonymat des disparues mais se servir de leur trace pour inventer de nouvelles figures, se lancer dans une mécanique des images …

“Rallye Photo-mobile”, 2005.

Attention, dès que vous aurez commencé à tourner ces pages, cinq véhicules-images vont entamer leur course folle dans les méandres de votre cerveau. Lequel remportera vos faveurs ? c’est promis, il va y avoir du coude à coude.

A première vue, vous vous direz peut-être “j’aime pas mal le rouge”, “je déteste le rose”, “encore plus le orange”; “le bleu gris c’est un peu fade”; ou “pourquoi pas rester classique avec du bleu marine, ambiance néo-bcbg”,… mais en fait vous vous trompez.

En revenant en arrière vous regarderez de nouveau les pages et vous direz “mais non les véhicules ne sont pas tous de la même couleur que les pages”. Alors il vous faudra faire une différence entre la page, celle du magazine, l’image, celle de La Petite Industrie de l’Image Sensorielle, et enfin ce foutu véhicule fait d’images cachées dans l’image, dont vous chercher à savoir lequel sera votre favori….

Alors, vous reprendrez les choses dans l’ordre : la dorée a l’air de traverser la page avec ses roues démultipliées, c’est probablement la plus puissante; un peu impressionnante; a contrario, la blanche est un peu à la ramasse, perchée sur sa remorque et déjà désossée ; elle meurt tranquillement dans son image, titre de transport vers l’au-delà; la rouge a aussi l’air très abîmée mais bizarrement très vivante; les concordances de couleur sont nombreuses et produisent une intense et sympathique circulation visuelle; la bleue est un peu verte d’être à la pompe et n’invite pas au voyage; trop d’uniformité, trop de normalité; l’image est sans issue; la marron… la marron est bizarrement à l’envers camouflée dans son rose pendant que la vitrine lui sert de rétroviseur…

Votre vue commence à se troubler, la circulation et le nombre des signaux s’accélèrent dans vos autoroutes neuronales, vous tentez de ré-agencer les données, de les trier, en vain. Vous essayez de vous raccrocher à un pattern en suivant les lignes graphiques mais petit à petit vous perdez vos repères. Vous oubliez les véhicules et basculez tranquillement dans un monde-image à l’architecture tordue et non-euclidienne… ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas le seul… les strates de ce monde parallèle se démultiplient; il n’y a plus de mobile ou trop de paramètres pour espérer toucher à la vérité. Le temps s’arrête; il n’y a plus de course possible et le rallye est fini; vous pouvez tourner la page…

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